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Quel est donc ce « désert » auquel nous convie le Carême ?

Quel est donc ce « désert » auquel nous convie le Carême ?

A quelle « traversée » sommes-nous donc invités ?

Quel « combat » avons-nous à mener et contre « qui » ?

Jésus se retire quarante jours au désert après le baptême de Jean dans les eaux du Jourdain.

Géographiquement, les deux lieux sont voisins.

Comme si, au seuil de sa vie publique, avant de se mettre à parler et à guérir, Jésus devait faire un détour, traverser les eaux rêches et sèches d’un autre « baptême ».

Un baptême du feu, de lutte, de faim et de soif.

Comme si la fécondité de sa parole dépendait de cette traversée brûlante.

Comme si, pour murir, sa vocation devait d’abord s’enfouir dans l’aridité rude du désert… « Si le grain ne meurt… »

Luc nous dit que Jésus fut, « pendant 40 jours, tenté par le diable ».

En grec, « diabolos » se traduit par « diviseur ». Le « diabolos » est ce qui nous divise.

Il y a bien sûr, les divisions entre nous, dans nos vies sociales, familiales, conjugales, amicales, professionnelles, ecclésiales…

Mais il y a peut-être d’abord ces « divisions » à l’intérieur de nous, ce cœur divisé, partagé, blessé qui nous fait dire, si souvent, avec saint Paul :

« Ce que je veux, je ne la fais pas ; et ce que je ne veux pas, je le fais ».

Oui, notre cœur est si souvent divisé, partagé entre des désirs contradictoires :

– nous voudrions aimer mieux, mais nous ne nous donnons pas les moyens de changer.

– nous voudrions être davantage solidaires des plus fragiles, mais nous ne bougeons pas, ou si peu.

– nous voudrions prier plus souvent, mais ne laissons pas de place à Dieu dans notre quotidien.

C’est à cela que nous convie le désert de Carême : lutter contre nos divisions et tiraillements intérieurs, ce « diviseur » qui nous sépare de nous-même, essayer d’unifier notre désir, purifier nos faims et nos soifs si souvent cantonnées dans l’avoir, si peu ouvertes à l’être.

Oui, le temps du désert, c’est le temps du désir. Un temps où nous prenons le temps d’écouter enfin cette « voix de fin silence » qui, en nous, nous appelle à devenir qui nous sommes. A répondre enfin à la vocation de notre baptême.

Le temps du Carême, c’est le temps où nous avons à travailler à notre libération et à notre unification.

On dit d’un homme sous l’emprise du diable, qu’il est « possédé ».

Eh bien, le Carême, c’est le temps de la dépossession où nous avons à couper, élaguer, émonder toutes ces chaînes qui nous empêchent de faire en nous l’unité.

 

Nous voici invités par l’Esprit à purifier notre désir :

– Qu’est-ce que je veux vraiment faire de ma vie ?

– Qu’est-ce qui est vraiment essentiel pour moi ?

– Qu’est-ce qui entrave ma marche vers cet essentiel ?

– Que me faut-il changer pour répondre mieux, plus fort, plus vrai, à l’appel de l’Évangile ?

 

L’appel du désert est en fait un triple appel :

 

– D’abord appel à la solitude. Impossible de mener un fécond discernement spirituel si nous ne prenons pas régulièrement des temps de solitude. Des moments où nous abandonnons notre personnage social, où nous ne nous définissons plus par notre métier, nos engagements, notre CV… Un temps où nous nous confrontons à la nudité de notre être. Le désert du Carême nous invite à cette solitude qui nous permettra, au sens fort de l’expression de « nous retrouver », de nous trouver à nouveau. Alors nous pourrons découvrir que cette solitude est « habitée ». Qu’en fait, nous ne sommes pas seul, mais sous le regard de la Divine Présence et que seul, ce regard de Dieu peut nous offrir notre identité véritable.

– Le désert est aussi appel au silence. Impossible d’entrer en secret dialogue avec nous-même, impossible d’entendre, en nous, les murmures de l’Esprit, si nous ne plongeons par régulièrement dans le silence. Il nous faut rompre chaque jour avec le bruit du quotidien, refermer un instant la porte sur le vacarme trépidant de notre « modernité », fermer le poste, couper le wifi permanent de nos préoccupations, pour laisser Dieu nous parler à l’oreille du cœur. Car Dieu ne parle que si nous commençons par nous taire devant Lui. « Se taire, disait Madeleine Delbrêl, ce n’est pas ne rien dire, c’est mettre toutes les puissances de son âme à écouter… »

– Le désert est enfin appel à la faim et à la soif.  Impossible de laisser se creuser en nous la faim de Dieu, si nous sommes sans cesse comblés et repus par cette consommation frénétique dont le Pape François dit dans son encyclique combien elle nous conduit droit dans le mur. Comme dit la chanson de Souchon : « On nous fait croire, que le bonheur c’est d’avoir, de l’avoir plein nos armoires, dérisions de nous, dérisoires… » Oui, frères et sœurs, le désert du Carême est aussi appel à la dépossession, à la sobriété bienheureuse sans laquelle ne renaîtra pas en nous la faim d’avoir faim du seul pain qui rassasie et met en route vers toutes les faims et les urgences humaines.

A l’entrée du Carême, saint Bernard ne formulait qu’un vœu à ses moines : « Retrouvez la joie du désir spirituel ».

Je vous souhaite, je nous souhaite de nous laisser envahir par cette joie !  Entrons dans ce temps du désir qu’est le désert du Carême avec comme horizon de laisser l’Esprit unifier notre cœur. Et d’y semer la miséricorde.

Laissons Dieu devenir Dieu en nous.

Alors le monde, autour de nous, se réchauffera.

 

Bertrand R

Diacre Permanent

 

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